Le partage, les échanges, le dialogue… C’est comme cela que j’ai été construit. Mon premier apprentissage, c’est la famille. A la maison, entouré de mon épouse et de mes enfants, de mes parents ainsi que de mes amis au premier rang duquel, David Pradère, je perpétue cette dimension fondatrice pour moi. C’est mon héritage vivant et une priorité au quotidien.

Cette dimension a rythmé la vie du domaine depuis l’époque de mes grands-parents maternels et paternels. Ils étaient déjà viticulteurs sur l’ile d’Oléron. Pendant ces années-là, il faut bien avouer que le modèle était productiviste. C’était l’ère du surdosage, des rendements toujours plus importants,…

Fin des années 70, mon-père a cependant choisi de se mettre en indépendant plutôt que de développer une activité secondaire touristique ou autre. Le choc pétrolier qui a provoqué une crise du Cognac, l’a obligé à se reconvertir dans la vente directe de vins de table, de pineau… Je perpétue la tradition, car ce lien direct avec le consommateur -je devrai dire mon dégustateur final- est primordial pour la vente nos produits et l’explication de nos méthodes.

En 1997, je me suis installé avec mon père sur 15 hectares. La transmission était dans les gènes familiaux de ce partage si fondateur pour moi. Aujourd’hui, le domaine fait 32 hectares au centre de l’île d’Oléron. Il est planté sur 10 hectares en Ugni blanc qui est un cépage destiné au cognac. Sur le reste du domaine, il y a du Colombard blanc, du Sauvignon blanc et gris, du Trousseau gris, du Gros manseng, du Merlot et du Cabernet franc. Enfin, il y a quelques années, j’ai planté du Syrah en raison de son intérêt pour la résistance aux changements climatiques.

A cela s’ajoute une mosaïque de sols, parfois au sein même d’une parcelle. Mais la dominante est un sol argilo-limoneux avec des terres souvent hydromorphes, humides l’hiver et sèches l’été. Cela peut entrainer le  blocage des éléments fertilisants ainsi que des carences sur certains oligo-éléments. Mais avec nos nouveaux modes de culture, on atténue ces problèmes et dans 2 ou 3 ans, j’espère que la vigne s’équilibrera d’elle-même.

Pendant 15 ans, j’ai travaillé avec mon père. Même si le passage en bio a été un séisme pour lui, il m’a fait confiance. On avait été trop loin dans la chimie et mon père a toujours été très ouvert sur les choses positives. A 73 ans, il continue d’adapter, concevoir et fabriquer divers équipements : installation de froid, passerelles, semoir, système de récupération des eaux pluviales…. Grâce à lui, la sécurité et les conditions de travail sont au cœur de nos préoccupations. Avec les économies réalisées, j’ai donc investi dans la technique.

Ma chance a été d’être entouré par un œnologue (Julien Frumholtz) passionné par le sol vivant. Pendant les contrôles de maturation, nous avons beaucoup échangé. Puis, ça c’est fait doucement en testant diverses méthodes. Avec David aussi, si nos vignobles sont bien différents, nous échangeons énormément sur les choix stratégiques. En fait, nous nous parlons tous les jours.

Le vignoble était sous perfusion. Grâce à Konrad Schreiber et à Alain Canet, c’est devenu une évidence : clairs et pédagogiques, ils ont mis des mots sur nos maux. J’ai l’impression de réapprendre mon métier en lui redonnant du sens.

Avec David, après une formation sur les couverts végétaux, nous avons arrêté du jour au lendemain de retourner nos sols. A l’aide d’un semoir autoconstruit et d’un semoir à semi direct,  nous semons nos couverts de féverole, avoine, phacélie, trèfle incarnat et d’Alexandrie, radis,… jusqu’à floraison. J’ai abandonné le broyage des sarments et des couverts. Le roulage s’effectue avec des rouleaux Roll’Nsem, offrant déjà un paillage de 2 cm d’épaisseur. J’apporte également 3 m3 de compost ligneux.

Mon approche phyto a également évolué. J’utilise des associations d’huiles essentielles avec des purins d’orties, qui ont un effet asséchant sur l’oïdium. J’ai mené quelques essais sur certaines parcelles,  avec de l’Assimil K  et de la Vitamine C. Les résultats sont encourageants. Mais je suis convaincu qu’il ne faut pas systématiser les traitements, ni doper la vigne tout le temps.

Je me penche également sur le Potentiel RedOx, car je veux comprendre pourquoi une parcelle est plus attaquée qu’une autre. Or, si notre vigne a une bonne défense immunitaire et une bonne mise en réserve, elle se défendra mieux.

Cette année a de nouveau été compliquée. Nos modes de conduite ont certainement évité de nombreuses déconvenues. Après l’hiver très doux, une attaque de mildiou a été sévère mi-mai. Mais je pense que si on avait travaillé l’inter-rang comme avant, on aurait perdu la récolte.

 Avant, je pratiquais le rognage entre 3 et 5 fois par an. Cette année, après un simple étêtage, on a rogné vers le 25 aout . La vigne a été plus résiliente, avec moins de soucis d’esca et peu de problèmes liés à la sécheresse.

La rencontre avec Alain canet a réveillé la nostalgie de mes dix ans. A cette époque, j’allais cueillir des pommes, des prunes…  Aujourd’hui, il n’y a plus rien. Cette année, je vais donc me lancer en vitiforesterie et planter une centaine d’arbres fruitiers. La plantation de mes haies a pris du retard en raison des conditions climatiques très humides cet hiver.  Au programme, 1,3 km de haies chez moi et 1,2 km chez David. Cette démarche a été prémonitoire, puisque en juin 2019, nous avons été très impactés par la tempête Miguel (perte d’environ 40 % de la récolte).

Enfin, sur les 2,5 hectares que je viens d’acheter, je vais partager les parcelles en 5 parties et mettre une haie champêtre pour protéger la vigne qui se trouve à seulement 900m de la mer.

Samuel MAGE

Viticulteur sur l'Ile d'Oléron

Notre entreprise, c’est 9 vins, 32 hectares de vigne, et un sacerdoce 7 jours sur 7. Nous avons fait d’importants sacrifices par les contraintes du travail durant les 10 premières années. Lorsque Samuel a rejoint ses parents, Christian et Marie-Claude, il a pris les commandes d’une locomotive à vapeur. Aujourd’hui,  c’est un TGV. Il doit cumuler plusieurs métiers, de la vigne au chais, et conduire l’entreprise avec les incertitudes du climat.

Aujourd’hui, nous récoltons les fruits de ce travail et pouvons nous permettre d’approfondir la démarche que nous avons engagée.

Lorsque nous accueillons nos nombreux clients, nous sommes dans la conversation, surtout pas dans la communication. Ce travail de fourmi est payant, puisque nous bénéficions d’un excellent bouche à oreille.

La famille reste au cœur du projet. De même, nous accompagnons et fédérons nos salariés avec la même ouverture d’esprit. La résistance de la chaine la plus forte, passe par le plus petit des maillons. Pour garantir sa solidité et finaliser notre projet, il faut bien l’expliquer à tout le monde, en renforçant ainsi  le plus petit des maillons.

Aujourd’hui, j’observe que Samuel est dans un épanouissement et une effervescence intellectuelle réjouissante. Avec David, ils ont été transformés par toutes leurs rencontres. Seul on va vite, mais à plusieurs on va loin, en gardant à l’esprit qu’il faut rester humble, car Mère Nature aura toujours le dernier mot/maux…

Sandra MAGE

Ile d'Oléron

Parfois, dire d’où on vient, c’est rêver de là où on veut aller. Je suis peut être un romantique avec les deux pieds solidement ancrés dans la terre, un paysan au sens premier du terme : celui qui parle avec la nature, un homme qui cultive son pays et que la nature continue à forger malgré lui. N’est-ce pas ce que j’ai recherché depuis mon enfance ?

Mes grands-parents étaient métayers en Charente, puis mon père ainsi que mes 3 frères ont travaillé dans l’usine de papeterie qui faisait vivre tout le village.  Pour moi, ça sentait mauvais et le rythme de travail ne me convenait pas. J’y ai vu trop de souffrance. Cette souffrance que je n’ai pas confondue avec la dureté de la vie des paysans d’à-côté. C’est vrai, ils semblaient vivoter, mais ils paraissaient tellement plus heureux.

Cet idéalisme m’a quitté lors de mon arrivée au Canada. Après mon service militaire, passer d’un pays à un autre sans se soucier des papiers administratifs obligatoires m’a valu une rétention d’une semaine au service de l’immigration canadienne. La réalité et l’injustice m’ont accablé. Alors dès mon retour en France, loin de mes rêves évanouis, il m’a fallu chercher du travail.

Une petite annonce dans La France Agricole plus loin, je rencontrais un papy en Champagne. Il était en compétition avec un autre papy producteur de lait pour la production de Roquefort. La vie tient à si peu.

8 mois de conditions rocambolesques plus tard, un lundi, je lui dit « je peux reprendre l’exploitation mais il faut le faire correctement ». C’est ainsi qu’en 1987, après un stage de 40 heures de pré-installation, je me suis installé avec un contrat de vente en viager de l’exploitation.

Ca, c’est pour le chemin. L’histoire commence maintenant.

L’histoire d’un papy (oui, je continue affectueusement à l’appeler ainsi) qui ne désherbait pas. C’est vrai que ça produisait peu, mais sa conduite du sol était très légère.
Quand je mettais un peu de désherbant, son verdict tombait : j’avais tort.

Avant je m’intéressai au « Club des 100 quintaux », avec le travail du sol, l’utilisation de produits de toutes sortes, …. Ce qui m’a fait changer c’est de constater que ça fonctionnait très bien même quand je n’appliquais pas les traitements conseillés par les techniciens locaux.

J’ai vendu mes dernières vaches en 1993. En parallèle, j’ai acquis quelques terres supplémentaires pour constituer le vignoble actuel de 2,25 ha. J’avais déjà un schéma agroécologique en tête, mais le regard des voisins a été difficile à vivre. Pourtant dans les années 90, je mettais déjà beaucoup moins de désherbants et de phyto qu’eux.

Au départ, c’était intuitif chez moi. J’ai toujours été en harmonie avec la nature. Je suis convaincu que par la biologie on peut être plus efficace qu’avec les produits phytosanitaires. Alors, chaque fois que je mets un produit, je me sens mal. En permanence mon fil rouge a été de diminuer les doses, à tel point que j’ai pris des risques. Mais ça a fonctionné… Rapidement j’ai éliminé les insecticides, puis diminué le soufre sur l’oïdium, cette année on l’a remplacé par la vitamine C et les oligos d’AssimilK. Aujourd’hui, le mildiou est notre problème mais on est sur une bonne voie avec votre expertise.

En parallèle dans les années 90, dans les terrains issu de l’élevage, je me suis intéressé à la production de truffes autour de charmes, de chênes, de hêtres et de noisetiers. Ca m’a emmené dans un autre univers par rapport au sol et rendu à l’aise sur le fonctionnement du sol. La truffe est désormais une production secondaire. Je souhaiterai pouvoir la produire en me passant de l’irrigation.

Dans les années 2000, j’ai brièvement participé aux Contrats d’Agriculture Durable. Hélas ! le travail du sol y était toujours préconisé. On continuait à pulvériser des têtes de mort partout.

Je me suis donc tourné vers les couverts végétaux. Et en 2003, j’ai sauvé ma récolte parce que mes vignes étaient dans le blé lors du gel. Le résultat était très positifs par rapport aux sols nus.

Depuis quelques années, je couche, je roule ou je fauche. Depuis l’an passé, un seul passage d’interceps est réalisé sous le cavaillon bientôt remplacé par des tondeuses. Et j’ai fait un relevé de flore qui a dénombré plus de 20 plantes.

Il y a 3 ans, on a créé une CUMA pour initier une démarche collective afin de mettre en place l’agro-écologie, en partenariat depuis l’année dernière avec « Arbres et paysage » en Champagne. On plante des arbres, on implante des couverts, on avance vers plus de biologie.

Aujourd’hui, je rogne le plus tard possible. Et de fait, je n’ai quasiment pas d’entrecoeurs. J’ai aussi tressé quelques lignes. La dynamique de pousse de mes parcelles est différente de celle des voisins. Le décalage de pousse est important, plus encore cette année. Avant j’étais en retard d’une semaine ou 10 jours. Cette année la différence est énorme : 3 semaines. Certes, j’aurai besoin d’une vigne plus poussante mais je constate aussi qu’il n’y a pas de maladie, et aucun symptôme de carence. J’ai néanmoins quelques dégâts de brulure de raisin.

Des  relevés ont été effectués montrant que par endroits on a dépassé les 50 degrés. Les raisins sont cuits. D’où la réussite indispensable des paillages et des engrais verts pour essayer de réduire ces effets négatifs. J’utilise également du BRF issu de l’entretien des truffières.

Cette année, l’emploi de la vitamine C, de l’Assimil K et Action Cuivre m’ont permis de réduire ma consommation de cuivre à moins d’1 kg sur l’encadrement fleur. Le soufre a été réduit très fortement puisque je n’en ai pas utilisé sous forme mouillable.

Il reste encore beaucoup à faire. Même avec un taux de matière organique de 2,8 % à 3,6 %, je considère que ce n’est pas suffisant dans un système autonome. Le sol n’est pas assez vivant. Les résultats avec les thés de compost ne sont pas satisfaisant, probablement dus à de mauvaises conditions d’épandage. L’objectif prochain est d’essayer d’incorporer au semis soit le thé ou la litière forestière.

Au début des années 2000, je semais à la main et ça poussait mieux qu’aujourd’hui. Ca me questionne.

Pour toutes ces raisons, je suis heureux d’avoir trouvé un espace d’échanges et de partage tel que LA BELLE VIGNE. C’est indispensable pour avancer de ne plus être seul.

L’agriculture est d’abord une production bio-logique !

Eric COLLINET

Champagne et Truffes

Lorsqu’on est originaire d’Aloxe Corton depuis plusieurs générations, rien d’extraordinaire à idéaliser la Bourgogne, son terroir, ses vins, son climat et bien sûr les bourguignons.

Ce n’est pourtant qu’après des études d’agronomie que le déclic se produit dans ma 27ème année. Cette année-là, invité à un mariage au Clos Vougeot, je fais l’expérience d’un Pommard Epenots 1947. Ce qui fut une révélation à ce moment précis reste un souvenir exceptionnel qui se prolonge aujourd’hui encore.

Puis à 32 ans, je suis entré chez Bouchard père et fils et William Fèvre où j’ai gravi tous les échelons jusqu’à en devenir Directeur Général pendant 6 ans.

Mais en 2012, lorsque le nouveau propriétaire des Châteaux Meursault et Marsannay, Olivier HALLEY, me propose de le rejoindre, c’est un nouveau challenge qui s’ouvre à moi. Le vignoble couvre aujourd’hui 107 ha sur 200 parcelles et 65 appellations, autour des cépages principaux, le pinot noir et le chardonnay. Nous partageons le même goût des grands vins soyeux et élégants si typiques de la Bourgogne.

Ce nouvel engagement est un mélange de passion et de volonté à faire évoluer les méthodes de culture et de vinification. Déjà, en multipliant les sélections parcellaires nous avons participé à mettre en avant les Climats de Bourgogne.

Cette démarche a été en partie facilitée par le réchauffement climatique qui a permis d’atteindre la maturité physiologique chaque année depuis 30 ans. C’est sur ce socle que nous nous sommes engagés dans la taille Poussard plus respectueuse des flux de sève et dans la suppression des pesticides.

Certes, il fallait en passer par là pour soutenir la candidature de la Bourgogne au patrimoine mondial de l’UNESCO. Mais c’est aussi le résultat d’une prise de conscience ainsi que d’une adaptation à la demande des consommateurs : si on sait analyser toutes les molécules présentes dans un vin, notre obligation est aujourd’hui d’offrir une expérience qui soit au sommet de la vinification sans ajout de produits ou en les réduisant de façon drastique.

Cela s’est donc fait en plusieurs étapes. D’abord avec la certification Haute Valeur Environnementale (HVE3) et par une conversion en bio depuis 2 ans. En espérant qu’aucune attaque massive de Mildiou ne nous contraigne à des traitements au cours de cette période.

Sans être Candide, je cultive mon jardin. Autour de 10 ares de vigne, j’expérimente, comme par exemple remplacer le Soufre par du lait. C’est facile à l’échelle de mon jardin. Mais à l’échelle d’une Bourgogne conservatrice, l’exercice prend une tout autre dimension. Combien de fois ai-je entendu qu’il fallait travailler le sol pour que les vignes soient propres.

La question de la couverture végétale figure ainsi parmi nos réflexions depuis 3 ans. Nous avons engagé des essais sur 10 hectares en vigne étroite, à partir de différents mélanges. Un des problèmes à prendre en compte est le tassement du sol lié au nombre important de passages pour le travail de la vigne. Notre chance est de ne pas refaire les mêmes erreurs qu’il y a une vingtaine d’années et de fertiliser nos couverts. Pour cette raison, nous essayons aujourd’hui plusieurs stratégies avec des mélanges de graine différent et des amendements organiques ou des acides aminés type Assimil Starter…

Il n’en reste pas moins que le meilleur travail du sol est celui qu’on ne fait pas. C’est cet équilibre qu’il reste à trouver.

Il nous faut faire vite dans de nombreux domaines car l’urgence est celle du réchauffement climatique. J’en veux pour témoin, le dépérissement de plus en plus marqué du porte-greffe 161-49, où des ceps restent au stade préformés et finissent par mourir.

Face à ces bouleversements à venir et dont nous voyons seulement les prémices, c’est dans le « bon sens paysan » que je puise ma force. Nous devons trouver de nouvelles pratiques sans changer les équipes mais en améliorant ce qui peut l’être pour renforcer notre résilience. Pour élever de bon vins en pratiquant le moins d’interventions œnologiques possibles, nous devons produire des raisins sains.

LA BELLE VIGNE répond à ce cahier des charges et à cette ambition. Il faut bien comprendre que notre expérience se limite à une récolte par an, quand un boulanger fera des milliers de fournées pour s’améliorer encore et toujours. C’est quand on se fédère qu’on peut évoluer plus vite avec le concours et les connaissances des autres.

Stéphane FOLLIN-ARBELET

Château Meursault et Château Marsannay

Je suis le petit dernier et je n’étais pas le plus doué de la famille. En fait, derrière cette excuse, j’avais et j’ai toujours une relation profonde avec la nature et le monde extérieur. C’est avec passion et aussi parce que mon intérêt pour l’arboriculture a développé ma capacité d’observation, que j’ai repris la suite du domaine familial. Je travaille avec mon épouse et une salariée. Nous avançons dans un esprit familial, de concertation et de partage.

Nos 13 hectares en Alsace, autour de Kaysersberg-Vignoble, sont composés de l’ensemble de cépages pinots, muscat, gewurztraminer et riesling. Ils sont élevés sur un sous-sol composé de granit très léger et recouvert d’une couche géologique très variée : du granit au calcaire, les sous-sols marno-calcaires et des sols légers dans les plaines. Particulièrement réputés pour leur exposition, ils produisent des Grands Crus, des Crémants, des AOP et occasionnellement des vendanges tardives. Nous livrons la totalité de notre récolte à Bestheim.

Dans les années 80, j’ai commencé par des engrais verts (semis de céréales principalement). Toutefois, je poursuivais le désherbage en plaine. Progressivement, je n’ai désherbé qu’un rang sur deux avant de ne plus le faire du tout. Depuis un an, je pratique donc le semis direct dans tous les rangs, avec un couvert spontané sous cavaillon. Je pratique la taille double Poussard adaptée à la vigueur, ainsi que l’ébourgeonnage sur toutes les parcelles.

Le vignoble peut être très pentu, favorisant ainsi l’érosion. Que le sol soit désherbé chimiquement ou mécaniquement, des collègues sont régulièrement amenés à remonter de la terre suite à de fortes pluies, opération que je n’ai plus à faire. Le travail du sol est pour moi une aberration vis à vis des bactéries et champignons qui peuvent s’y trouver. C’est un chamboulement aérobie et anaérobie. « Prenez une truite, mettez-la dans un pré, prenez le lièvre, jetez le au fond de l’étang », cela ne marchera jamais !

Récemment, j’envisageais de désherber un rang lorsque j’ai aperçu un magnifique papillon. J’ai alors choisi de ne pas  travailler mon sol. Ce bien-être, il est autant pour la biodiversité que pour moi-même. Konrad et La Belle Vigne m’ont incité à aller dans ce sens et à approfondir ma démarche.

Mais avant d’en arriver là, j’ai bien sûr commis des erreurs : les engrais verts ne permettaient pas la fixation de l’Azote et ne m’apportaient pas la biomasse nécessaire pour nourrir le sol. Aujourd’hui, je traite mon couvert inter-rang comme des cultures à part entière que je conduis jusqu’à leur maturité. Je les laisse monter à graines avant de les détruire au rouleau faca. Nous sommes en vigne haute, donc 40 à 50 cm de couvert et ça ne gêne pas le travail de la vigne : pied à l’ombre et tête au soleil !

Ces couverts sont constitués d’un mélange de seigle, pois et radis fourragers. Je pense que c’est intéressant mais qu’il est possible de mieux faire. En tout état de cause, ils procurent à la vigne une protection solaire et contre le lessivage, tout en favorisant la vie dans les sols. La terre est incontestablement plus souple à marcher et quand on répare les palissages, on n’a plus besoin d’enfonce-pieux.

Hier, les taux de Matière Organique de certaines parcelles étaient faibles (parfois1%). Nous sommes remontés à 3,6%.

Dans toutes les pratiques, ce qui gêne, ce sont les traitements phytosanitaires. C’est d’ailleurs une des raisons qui me fait hésiter à propos de l’arboriculture : trop de traitements. Sans dogmatisme aucun, ce qui m’a fait réfléchir, c’est de constater que des parcelles jamais travaillées n’étaient toujours pas malades lorsque d’autres subissaient une pression maladie.

Alors, il est vrai que le regard des voisins n’est pas toujours chose aisée. Combien de fois ai-je entendu « il va droit dans le mur », ou « quand tu as des herbes, c’est que tu ne travailles pas tes vignes ». Mais cet hiver, quand sur 45 ares, tu trouves 15 pontes de mante religieuse, alors ton seul souhait est de faire en sorte que tes voisins qui veulent changer de pratique ne fassent pas les mêmes erreurs que toi au début.

Pourtant, la question de la valorisation ou de la reconnaissance par le grand public des efforts que nous entreprenons, n’est pas toujours au rendez-vous. Ou, en tout cas, pas dans ces termes. La valorisation se joue à travers les grands vins car les consommateurs recherchent la qualité. Mais j’avoue que le lien entre qualité et conduite du vignoble est complexe et difficile à mettre en évidence.

Même si j’utilise encore de la chimie, ma volonté est de trouver de nouvelles solutions. Je n’utilise les insecticides qu’en deuxième génération si cela est vraiment nécessaire. Et si je poursuis les traitements conventionnels, je le fais à très faible dose.

Je viens de m’engager dans une expérimentation avec l’ASSIMIL K associé à de la vitamine C. Je viens de faire 3 applications : les 5, 13 et 25 mai avant fleur avec 3l par ha (et seulement 2l sur la dernière application car les vignes étaient très belles). Pour la vitamine C, j’ai appliqué 40, 70 et 60 gr.  Alors que l’on observait un stress hydrique chez mes voisins, mes vignes restaient vertes et poussantes.

Mes projets sont d’aller plus loin, de mieux maîtriser mes couverts en ramenant des légumineuses et en favorisant des mélanges de semis (seigle, jachères fleuries,…) critiqués par les techniciens. Mais cela me plaît de rentrer avec des bouquets fleuris à la maison, parce que j’entretiens la biodiversité en créant des corridors éco-logiques entre les parcelles. Je souhaite également arrêter le travail du sol.

A lire aussi l’article de PHR du 12 juin 2020 : “Essai système potentiel RedOx réducteur, sans cuivre, sans soufre”

Alain KUEHN

Viticulteur en Alsace

Associé en GAEC avec mon épouse, je suis viticulteur à Carnoules dans le massif des Maures au-dessus de Hyères, sur 16 hectares.

Après une formation dans le BTP, j’ai tout de suite travaillé en viticulture comme prestataire de services dans les travaux viticoles. C’est un problème de santé qui a été l’élément déclencheur de la mise en pratique des techniques agroécologiques sur mon domaine.

D’une sensibilité proche de la nature transmise par un père apiculteur et une mère chimiste, sensibilisé très tôt à l’agroécologie, j’ai choisi la vigne plutôt que le béton !

J’élève des rosés en AOC côte de Provence et vend la totalité de ma production au groupe Castel et à une coopérative.

Trois types de sol dominent mon domaine : sol sur schiste, sol sur grès rouge et sol argilo-calcaire. Les pH varient de 7,6 à 8,8 avec des taux de MO allant de 1 à 2,5 %. Avec une eau phréatique avec un pH de 8,3, le terroir est très calcaire.

L’âge des vignes se situe entre 7 et 60 ans autour de 4 cépages différents : mourvèdre (40 %), carignan (20 %), grenache (20 %) et syrah (20 %). Je pratique la taille Royat 3 ou 4 coursons selon la vigueur ainsi que la taille guyot simple 5 à 6 yeux francs.

J’ai abandonné les désherbants depuis une vingtaine d’années et les produits de synthèse depuis 10 ans. L’urée est le seul fertilisant que j’utilise. J’ai ainsi réussi à modifier mes anciennes pratiques en tentant de trouver une solution aux différents problèmes rencontrés : pour lutter contre l’érosion, je suis passé au non-labour, face à l’appauvrissement en matière organique, j’ai choisi les apports de lignine. En réponse aux aléas climatiques, je mise sur la résilience des sols et du végétal par une meilleure gestion de l’eau et de température du sol. Enfin, contre les maladies virales (cour noué), je m’oriente vers une alimentation plus équilibrée pour la plante.

Les inter-rangs sont couverts par un enherbement naturel, avec pour intention d’y réaliser prochainement des semis directs à base de graminées, légumineuses et crucifères. La bordure des champs est composée d’oliviers, amandiers, pruniers, chênes, figuiers, cornouillers, chênes lièges, arbousiers et autres. Si actuellement il n’y a pas de vitiforesterie intra-parcellaire, des plantations sont en préparation pour la création de haies fruitières et de recherche de synergie.

Chaque année, je réalise des essais sur mes parcelles, principalement au niveau du non travail du sol, de l’enherbement naturel, des « bio-contrôle », du compostage puis de la couverture du sol (apport de matières exogènes et production de biomasse sur la parcelle).

C’est pour cette raison que j’ai testé Assimil K Santé (3 l/ha) associé à de la vitamine C (50 g/ha) l’année dernière. J’ai réalisé trois passages en début de saison en 2019, puis un dernier passage à l’automne. Début Avril 2020, la période de gel n’a pas eu d’impact important sur mon vignoble comparé aux autres vignobles du même secteur géographique. Pour expliquer ce phénomène, je fais l’hypothèse que c’est le dernier traitement à l’automne qui a permis une mise en réserve donnant ainsi plus de vigueur à la vigne contre le gel.

C’est vrai qu’au début, mon entourage ne comprenait pas mes pratiques. Aujourd’hui, si beaucoup ont compris et accepté, certains de mes voisins restent assez dubitatifs en pariant sur la longévité, présumée assez courte, de mes pratiques.

Les citoyens lambda ne semblent, eux, pas faire la différence. Certains sont amusés, d’autres ne comprennent pas mes horaires et pensent que je mens sur mes produits, d’autres enfin l’encouragent fortement et soutiennent mes idées.

Demain, j’envisage d’aborder la réglementation sur le ZNT avec des plantations de haies, en améliorant l’enherbement et en n’utilisant que des bio-contrôles et des traitements alternatifs tels que le purin d’ortie. J’ai déjà diminué mes doses de soufre et j’utilise moins de 500 g/ha/an de cuivre.

J’ai aussi pour projet de restaurer une fertilité durable et passive, d’améliorer la qualité et l’équilibre de mes produits de façon à produire à coup faible et ainsi pouvoir satisfaire mes clients. Et je suis très intéressé par les hybrides qui sont une évolution normale et indispensable de la vie en général.

Pour finir, je dirai qu’il faut prendre du plaisir en nous améliorant et surtout faire profiter de notre retour d’expérience au plus grand nombre, à nos proches et moins proches. C’est pour moi une passion plus qu’un emploi dans une exploitation raisonnée, humaine et utile, associé à un bon sens paysan.

Marc BRONDELLO

Côtes de Provence - Massif des Maures

Installé depuis 6 ans, ancien chauffeur en travaux publics, issu d’une famille de viticulteur, je me suis toujours passionné pour l’agriculture. C’est tout naturellement, que j’ai franchi le pas, en reprenant au fil des année des parcelles de voisins partant à la retraite. J’apporte ma récolte à la cave coopérative de Lablachère, qui produit du vin d’Ardèche IGP en vente directe.

Je m’intéresse de près à la fertilité des sols. C’est une passion qui est née tôt, et, ce qui m’intéresse le plus, c’est l’histoire des pratiques agricoles, y compris celles ayant eu lieu avant l’agriculture conventionnelle et chimique. J’ai commencé par acheter un livre de Claude Bourguignon pour apprendre le fonctionnement biologique des sols. Cependant, c’est sur le site internet de Ver de Terre Production que je m’informe et me forme, ce qui me permet de commencer à pratiquer l’agriculture de conservation sur des sols sablo-limoneux superficiels issus de grès acide du trias cévenol, où il ne reste plus beaucoup de matière organique, seulement entre 0,5 et 1%. Il est vrai que les conseils traditionnels en gestion des sols restent arque boutés sur du désherbage et du travail du sol afin de garder les sols nus.

J’ai repris des terres qui ressemblaient à un véritable désert, la terre était morte, brillante sous la pluie, dure comme du béton en plein soleil. Mon projet est donc de rendre cette terre à nouveau fertile. Je couvre les sols depuis mon installation avec de l’herbe spontanée et des engrais verts composés d’avoine principalement. Cette plante se plait bien dans mes sols. Cependant, je vais essayer le seigle pour sa précocité de développement.

Traditionnellement, dans ma région, cette plante était cultivée avec les châtaigniers. Elle adore les sols sableux. La reprise de vignes enherbées depuis 20 ans me montre la voie, ces parcelles récupérées d’un voisin partant à la retraite produisent convenablement, sans problème particuliers. En 2019, c’est parmi celles qui ont le mieux résisté à la canicule et à la sécheresse qui s’en est suivie. La couverture des sols semble bien être la solution au changement climatique. Depuis 2019, je m’intéresse à la couverture du cavaillon. J’ai semé du trèfle souterrain sur les conseils de Jean François Agut, viticulteur dans le Gers, membre de la cellule nationale agronomique et je pense continuer l’expérience en 2020/21.

J’envisage donc de participer au projet de « La Belle Vigne ». Mes attentes sont de participer aux colloques, aux formations, aux travaux sur la remontée des matières organiques du sol et de sa fertilité, de participer aux avancées autour de la conduite en pH et rédox et enfin, de me connecter aux résultats. Mon vignoble étant, actuellement, en conduite mixte avec couverture des sols et chimie conventionnelle, j’ai pour projet de devenir pilote des sols couverts pour ma région et de produire sans pesticides sur des sols fertiles.

Antoine VALETTE

Vins d'Ardèche IGP

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