Lorsqu’on est originaire d’Aloxe Corton depuis plusieurs générations, rien d’extraordinaire à idéaliser la Bourgogne, son terroir, ses vins, son climat et bien sûr les bourguignons.

Ce n’est pourtant qu’après des études d’agronomie que le déclic se produit dans ma 27ème année. Cette année-là, invité à un mariage au Clos Vougeot, je fais l’expérience d’un Pommard Epenots 1947. Ce qui fut une révélation à ce moment précis reste un souvenir exceptionnel qui se prolonge aujourd’hui encore.

Puis à 32 ans, je suis entré chez Bouchard père et fils et William Fèvre où j’ai gravi tous les échelons jusqu’à en devenir Directeur Général pendant 6 ans.

Mais en 2012, lorsque le nouveau propriétaire des Châteaux Meursault et Marsannay, Olivier HALLEY, me propose de le rejoindre, c’est un nouveau challenge qui s’ouvre à moi. Le vignoble couvre aujourd’hui 107 ha sur 200 parcelles et 65 appellations, autour des cépages principaux, le pinot noir et le chardonnay. Nous partageons le même goût des grands vins soyeux et élégants si typiques de la Bourgogne.

Ce nouvel engagement est un mélange de passion et de volonté à faire évoluer les méthodes de culture et de vinification. Déjà, en multipliant les sélections parcellaires nous avons participé à mettre en avant les Climats de Bourgogne.

Cette démarche a été en partie facilitée par le réchauffement climatique qui a permis d’atteindre la maturité physiologique chaque année depuis 30 ans. C’est sur ce socle que nous nous sommes engagés dans la taille Poussard plus respectueuse des flux de sève et dans la suppression des pesticides.

Certes, il fallait en passer par là pour soutenir la candidature de la Bourgogne au patrimoine mondial de l’UNESCO. Mais c’est aussi le résultat d’une prise de conscience ainsi que d’une adaptation à la demande des consommateurs : si on sait analyser toutes les molécules présentes dans un vin, notre obligation est aujourd’hui d’offrir une expérience qui soit au sommet de la vinification sans ajout de produits ou en les réduisant de façon drastique.

Cela s’est donc fait en plusieurs étapes. D’abord avec la certification Haute Valeur Environnementale (HVE3) et par une conversion en bio depuis 2 ans. En espérant qu’aucune attaque massive de Mildiou ne nous contraigne à des traitements au cours de cette période.

Sans être Candide, je cultive mon jardin. Autour de 10 ares de vigne, j’expérimente, comme par exemple remplacer le Soufre par du lait. C’est facile à l’échelle de mon jardin. Mais à l’échelle d’une Bourgogne conservatrice, l’exercice prend une tout autre dimension. Combien de fois ai-je entendu qu’il fallait travailler le sol pour que les vignes soient propres.

La question de la couverture végétale figure ainsi parmi nos réflexions depuis 3 ans. Nous avons engagé des essais sur 10 hectares en vigne étroite, à partir de différents mélanges. Un des problèmes à prendre en compte est le tassement du sol lié au nombre important de passages pour le travail de la vigne. Notre chance est de ne pas refaire les mêmes erreurs qu’il y a une vingtaine d’années et de fertiliser nos couverts. Pour cette raison, nous essayons aujourd’hui plusieurs stratégies avec des mélanges de graine différent et des amendements organiques ou des acides aminés type Assimil Starter…

Il n’en reste pas moins que le meilleur travail du sol est celui qu’on ne fait pas. C’est cet équilibre qu’il reste à trouver.

Il nous faut faire vite dans de nombreux domaines car l’urgence est celle du réchauffement climatique. J’en veux pour témoin, le dépérissement de plus en plus marqué du porte-greffe 161-49, où des ceps restent au stade préformés et finissent par mourir.

Face à ces bouleversements à venir et dont nous voyons seulement les prémices, c’est dans le « bon sens paysan » que je puise ma force. Nous devons trouver de nouvelles pratiques sans changer les équipes mais en améliorant ce qui peut l’être pour renforcer notre résilience. Pour élever de bon vins en pratiquant le moins d’interventions œnologiques possibles, nous devons produire des raisins sains.

LA BELLE VIGNE répond à ce cahier des charges et à cette ambition. Il faut bien comprendre que notre expérience se limite à une récolte par an, quand un boulanger fera des milliers de fournées pour s’améliorer encore et toujours. C’est quand on se fédère qu’on peut évoluer plus vite avec le concours et les connaissances des autres.

Stéphane FOLLIN-ARBELET

Château Meursault et Château Marsannay

Je suis le petit dernier et je n’étais pas le plus doué de la famille. En fait, derrière cette excuse, j’avais et j’ai toujours une relation profonde avec la nature et le monde extérieur. C’est avec passion et aussi parce que mon intérêt pour l’arboriculture a développé ma capacité d’observation, que j’ai repris la suite du domaine familial. Je travaille avec mon épouse et une salariée. Nous avançons dans un esprit familial, de concertation et de partage.

Nos 13 hectares en Alsace, autour de Kaysersberg-Vignoble, sont composés de l’ensemble de cépages pinots, muscat, gewurztraminer et riesling. Ils sont élevés sur un sous-sol composé de granit très léger et recouvert d’une couche géologique très variée : du granit au calcaire, les sous-sols marno-calcaires et des sols légers dans les plaines. Particulièrement réputés pour leur exposition, ils produisent des Grands Crus, des Crémants, des AOP et occasionnellement des vendanges tardives. Nous livrons la totalité de notre récolte à Bestheim.

Dans les années 80, j’ai commencé par des engrais verts (semis de céréales principalement). Toutefois, je poursuivais le désherbage en plaine. Progressivement, je n’ai désherbé qu’un rang sur deux avant de ne plus le faire du tout. Depuis un an, je pratique donc le semis direct dans tous les rangs, avec un couvert spontané sous cavaillon. Je pratique la taille double Poussard adaptée à la vigueur, ainsi que l’ébourgeonnage sur toutes les parcelles.

Le vignoble peut être très pentu, favorisant ainsi l’érosion. Que le sol soit désherbé chimiquement ou mécaniquement, des collègues sont régulièrement amenés à remonter de la terre suite à de fortes pluies, opération que je n’ai plus à faire. Le travail du sol est pour moi une aberration vis à vis des bactéries et champignons qui peuvent s’y trouver. C’est un chamboulement aérobie et anaérobie. « Prenez une truite, mettez-la dans un pré, prenez le lièvre, jetez le au fond de l’étang », cela ne marchera jamais !

Récemment, j’envisageais de désherber un rang lorsque j’ai aperçu un magnifique papillon. J’ai alors choisi de ne pas  travailler mon sol. Ce bien-être, il est autant pour la biodiversité que pour moi-même. Konrad et La Belle Vigne m’ont incité à aller dans ce sens et à approfondir ma démarche.

Mais avant d’en arriver là, j’ai bien sûr commis des erreurs : les engrais verts ne permettaient pas la fixation de l’Azote et ne m’apportaient pas la biomasse nécessaire pour nourrir le sol. Aujourd’hui, je traite mon couvert inter-rang comme des cultures à part entière que je conduis jusqu’à leur maturité. Je les laisse monter à graines avant de les détruire au rouleau faca. Nous sommes en vigne haute, donc 40 à 50 cm de couvert et ça ne gêne pas le travail de la vigne : pied à l’ombre et tête au soleil !

Ces couverts sont constitués d’un mélange de seigle, pois et radis fourragers. Je pense que c’est intéressant mais qu’il est possible de mieux faire. En tout état de cause, ils procurent à la vigne une protection solaire et contre le lessivage, tout en favorisant la vie dans les sols. La terre est incontestablement plus souple à marcher et quand on répare les palissages, on n’a plus besoin d’enfonce-pieux.

Hier, les taux de Matière Organique de certaines parcelles étaient faibles (parfois1%). Nous sommes remontés à 3,6%.

Dans toutes les pratiques, ce qui gêne, ce sont les traitements phytosanitaires. C’est d’ailleurs une des raisons qui me fait hésiter à propos de l’arboriculture : trop de traitements. Sans dogmatisme aucun, ce qui m’a fait réfléchir, c’est de constater que des parcelles jamais travaillées n’étaient toujours pas malades lorsque d’autres subissaient une pression maladie.

Alors, il est vrai que le regard des voisins n’est pas toujours chose aisée. Combien de fois ai-je entendu « il va droit dans le mur », ou « quand tu as des herbes, c’est que tu ne travailles pas tes vignes ». Mais cet hiver, quand sur 45 ares, tu trouves 15 pontes de mante religieuse, alors ton seul souhait est de faire en sorte que tes voisins qui veulent changer de pratique ne fassent pas les mêmes erreurs que toi au début.

Pourtant, la question de la valorisation ou de la reconnaissance par le grand public des efforts que nous entreprenons, n’est pas toujours au rendez-vous. Ou, en tout cas, pas dans ces termes. La valorisation se joue à travers les grands vins car les consommateurs recherchent la qualité. Mais j’avoue que le lien entre qualité et conduite du vignoble est complexe et difficile à mettre en évidence.

Même si j’utilise encore de la chimie, ma volonté est de trouver de nouvelles solutions. Je n’utilise les insecticides qu’en deuxième génération si cela est vraiment nécessaire. Et si je poursuis les traitements conventionnels, je le fais à très faible dose.

Je viens de m’engager dans une expérimentation avec l’ASSIMIL K associé à de la vitamine C. Je viens de faire 3 applications : les 5, 13 et 25 mai avant fleur avec 3l par ha (et seulement 2l sur la dernière application car les vignes étaient très belles). Pour la vitamine C, j’ai appliqué 40, 70 et 60 gr.  Alors que l’on observait un stress hydrique chez mes voisins, mes vignes restaient vertes et poussantes.

Mes projets sont d’aller plus loin, de mieux maîtriser mes couverts en ramenant des légumineuses et en favorisant des mélanges de semis (seigle, jachères fleuries,…) critiqués par les techniciens. Mais cela me plaît de rentrer avec des bouquets fleuris à la maison, parce que j’entretiens la biodiversité en créant des corridors éco-logiques entre les parcelles. Je souhaite également arrêter le travail du sol.

A lire aussi l’article de PHR du 12 juin 2020 : “Essai système potentiel RedOx réducteur, sans cuivre, sans soufre”

Alain KUEHN

Viticulteur en Alsace

Associé en GAEC avec mon épouse, je suis viticulteur à Carnoules dans le massif des Maures au-dessus de Hyères, sur 16 hectares.

Après une formation dans le BTP, j’ai tout de suite travaillé en viticulture comme prestataire de services dans les travaux viticoles. C’est un problème de santé qui a été l’élément déclencheur de la mise en pratique des techniques agroécologiques sur mon domaine.

D’une sensibilité proche de la nature transmise par un père apiculteur et une mère chimiste, sensibilisé très tôt à l’agroécologie, j’ai choisi la vigne plutôt que le béton !

J’élève des rosés en AOC côte de Provence et vend la totalité de ma production au groupe Castel et à une coopérative.

Trois types de sol dominent mon domaine : sol sur schiste, sol sur grès rouge et sol argilo-calcaire. Les pH varient de 7,6 à 8,8 avec des taux de MO allant de 1 à 2,5 %. Avec une eau phréatique avec un pH de 8,3, le terroir est très calcaire.

L’âge des vignes se situe entre 7 et 60 ans autour de 4 cépages différents : mourvèdre (40 %), carignan (20 %), grenache (20 %) et syrah (20 %). Je pratique la taille Royat 3 ou 4 coursons selon la vigueur ainsi que la taille guyot simple 5 à 6 yeux francs.

J’ai abandonné les désherbants depuis une vingtaine d’années et les produits de synthèse depuis 10 ans. L’urée est le seul fertilisant que j’utilise. J’ai ainsi réussi à modifier mes anciennes pratiques en tentant de trouver une solution aux différents problèmes rencontrés : pour lutter contre l’érosion, je suis passé au non-labour, face à l’appauvrissement en matière organique, j’ai choisi les apports de lignine. En réponse aux aléas climatiques, je mise sur la résilience des sols et du végétal par une meilleure gestion de l’eau et de température du sol. Enfin, contre les maladies virales (cour noué), je m’oriente vers une alimentation plus équilibrée pour la plante.

Les inter-rangs sont couverts par un enherbement naturel, avec pour intention d’y réaliser prochainement des semis directs à base de graminées, légumineuses et crucifères. La bordure des champs est composée d’oliviers, amandiers, pruniers, chênes, figuiers, cornouillers, chênes lièges, arbousiers et autres. Si actuellement il n’y a pas de vitiforesterie intra-parcellaire, des plantations sont en préparation pour la création de haies fruitières et de recherche de synergie.

Chaque année, je réalise des essais sur mes parcelles, principalement au niveau du non travail du sol, de l’enherbement naturel, des « bio-contrôle », du compostage puis de la couverture du sol (apport de matières exogènes et production de biomasse sur la parcelle).

C’est pour cette raison que j’ai testé Assimil K Santé (3 l/ha) associé à de la vitamine C (50 g/ha) l’année dernière. J’ai réalisé trois passages en début de saison en 2019, puis un dernier passage à l’automne. Début Avril 2020, la période de gel n’a pas eu d’impact important sur mon vignoble comparé aux autres vignobles du même secteur géographique. Pour expliquer ce phénomène, je fais l’hypothèse que c’est le dernier traitement à l’automne qui a permis une mise en réserve donnant ainsi plus de vigueur à la vigne contre le gel.

C’est vrai qu’au début, mon entourage ne comprenait pas mes pratiques. Aujourd’hui, si beaucoup ont compris et accepté, certains de mes voisins restent assez dubitatifs en pariant sur la longévité, présumée assez courte, de mes pratiques.

Les citoyens lambda ne semblent, eux, pas faire la différence. Certains sont amusés, d’autres ne comprennent pas mes horaires et pensent que je mens sur mes produits, d’autres enfin l’encouragent fortement et soutiennent mes idées.

Demain, j’envisage d’aborder la réglementation sur le ZNT avec des plantations de haies, en améliorant l’enherbement et en n’utilisant que des bio-contrôles et des traitements alternatifs tels que le purin d’ortie. J’ai déjà diminué mes doses de soufre et j’utilise moins de 500 g/ha/an de cuivre.

J’ai aussi pour projet de restaurer une fertilité durable et passive, d’améliorer la qualité et l’équilibre de mes produits de façon à produire à coup faible et ainsi pouvoir satisfaire mes clients. Et je suis très intéressé par les hybrides qui sont une évolution normale et indispensable de la vie en général.

Pour finir, je dirai qu’il faut prendre du plaisir en nous améliorant et surtout faire profiter de notre retour d’expérience au plus grand nombre, à nos proches et moins proches. C’est pour moi une passion plus qu’un emploi dans une exploitation raisonnée, humaine et utile, associé à un bon sens paysan.

Marc BRONDELLO

Viticulteur

Installé depuis 6 ans, ancien chauffeur en travaux publics, issu d’une famille de viticulteur, je me suis toujours passionné pour l’agriculture. C’est tout naturellement, que j’ai franchi le pas, en reprenant au fil des année des parcelles de voisins partant à la retraite. J’apporte ma récolte à la cave coopérative de Lablachère, qui produit du vin d’Ardèche IGP en vente directe.

Je m’intéresse de près à la fertilité des sols. C’est une passion qui est née tôt, et, ce qui m’intéresse le plus, c’est l’histoire des pratiques agricoles, y compris celles ayant eu lieu avant l’agriculture conventionnelle et chimique. J’ai commencé par acheter un livre de Claude Bourguignon pour apprendre le fonctionnement biologique des sols. Cependant, c’est sur le site internet de Ver de Terre Production que je m’informe et me forme, ce qui me permet de commencer à pratiquer l’agriculture de conservation sur des sols sablo-limoneux superficiels issus de grès acide du trias cévenol, où il ne reste plus beaucoup de matière organique, seulement entre 0,5 et 1%. Il est vrai que les conseils traditionnels en gestion des sols restent arque boutés sur du désherbage et du travail du sol afin de garder les sols nus.

J’ai repris des terres qui ressemblaient à un véritable désert, la terre était morte, brillante sous la pluie, dure comme du béton en plein soleil. Mon projet est donc de rendre cette terre à nouveau fertile. Je couvre les sols depuis mon installation avec de l’herbe spontanée et des engrais verts composés d’avoine principalement. Cette plante se plait bien dans mes sols. Cependant, je vais essayer le seigle pour sa précocité de développement.

Traditionnellement, dans ma région, cette plante était cultivée avec les châtaigniers. Elle adore les sols sableux. La reprise de vignes enherbées depuis 20 ans me montre la voie, ces parcelles récupérées d’un voisin partant à la retraite produisent convenablement, sans problème particuliers. En 2019, c’est parmi celles qui ont le mieux résisté à la canicule et à la sécheresse qui s’en est suivie. La couverture des sols semble bien être la solution au changement climatique. Depuis 2019, je m’intéresse à la couverture du cavaillon. J’ai semé du trèfle souterrain sur les conseils de Jean François Agut, viticulteur dans le Gers, membre de la cellule nationale agronomique et je pense continuer l’expérience en 2020/21.

J’envisage donc de participer au projet de « La Belle Vigne ». Mes attentes sont de participer aux colloques, aux formations, aux travaux sur la remontée des matières organiques du sol et de sa fertilité, de participer aux avancées autour de la conduite en pH et rédox et enfin, de me connecter aux résultats. Mon vignoble étant, actuellement, en conduite mixte avec couverture des sols et chimie conventionnelle, j’ai pour projet de devenir pilote des sols couverts pour ma région et de produire sans pesticides sur des sols fertiles.

Antoine VALETTE

Viticulteur

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